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D'HISTOIRE DE SCIENCES PO 56 RUE JACOB 75006 PARIS
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(CENTRE
D'HISTOIRE DE SCIENCES PO/CEVIPOL/Université de Nanterre)
Normandie
constitutionnelle
2004-2005
: 2ème année
Séminaire préparatoire au colloque Cerisy 2006
La République en quête
de Constitution
(Gilles Le Béguec, Nicolas Roussellier, Odile Rudelle)
Séance
du 18 mai 2005
NORMANDIE
CONSTITUTIONNELLE : 2004-2005 :2ème année
Séminaire préparatoire au colloque Cerisy de juin 2006
Guizot et l'enseignement du
droit constitutionnel
Alain Laquièze : professeur
de droit public à l'Université d'Angers
Odile Rudelle fait part des excuses de Didier Maus et Lucien Jaume,
en déplacement à l'étranger et salue la ponctualité
d'Alain Laquièze qui, en dépit de son changement d'université,
a tenu un engagement de vieille date. Ceci étant dit, elle veut
insister sur le fait que, dans ce séminaire pluridisciplinaire,
Alain Laquièze est l'oiseau rare de la fin de ce long cycle préparatoire
au colloque de 2006 : publiciste, il travaille sur l'histoire
des idées sans négliger le temps présent
ni dans ses évènements- le traité pour une Constitution
européenne, dont il analyse le " déficit démocratique
"(L'Union européenne tend elle à devenir un Etat
?, cahier de la Fondation pour l'innovation politique, novembre 2004)
- ni dans ses recherches les plus pointues dont témoigne sa participation
au séminaire Questions de Méthodes de Lucien Jaume,
paru dans les Cahiers du Cevipof, n°39 où est présenté
le discours d'investiture de Casimir Perrier (mars 1831) premier exemple
d'un genre qui dure encore dont la publication exhaustive serait fort
instructive pour saisir au vif, l'évolution de la responsabilité
politique, déjà étudiée dans sa thèse
sur " Les origines du régime parlementaire "(
2002) ; livre dont la lecture est fascinante en raison de la mise à
jour du " décalage " existant entre le Guizot historique
(1787-1874) et le Guizot-référence des Facultés de
droit du tournant du siècle. Et bien sûr il sera à
Cerisy en 2006, pour traiter du problème des rapports majorité-minorité
chez Guizot, alors qu'aujourd'hui il devra se limiter à la place
de Guizot, dans un enseignement qui lui doit beaucoup.
Alain Laquièze confirme le fait de l'étonnante
postérité juridique de François Guizot, beaucoup
plus cité dans les manuels que Tocqueville, licencié en
droit et magistrat.
1) Précisions biographiques
A la différence de Tocqueville, François Guizot n'a guère
fréquenté la faculté de droit qu'un an (1805-1806)
; n'ayant aucune intention d'être avocat, il s'y est ennuyé.
Très jeune Guizot, qui a besoin de gagner sa vie, se présente
comme un publiciste libéral, multipliant les brochures (Du gouvernement
représentatif et de l'état actuel de la France 1816 ; Des
moyens de gouvernement et d'opposition en 1821, De la peine de mort en
matière politique, 1822 etc.). Il est aussi professeur : en
1812 il est nommé professeur d'histoire moderne à la faculté
des lettes de Paris ; son cours est interrompu de 1814 à 1820 en
raison de son activité au Conseil d'état ; il le reprend
de 1820 à 1822 avec un cours sur l'histoire du gouvernement
représentatif mais sera suspendu par un ministère Villèle,
devenu assez réactionnaire.
Le fait important est la création de la première
chaire de droit constitutionnel par Guizot, ministre de l'Instruction
publique de la monarchie de juillet par l'ordonnance royale du
21 août 1834. Le rapport qui le précède en
dit l'esprit très directif : faire l'exposé de la
Charte et de ses garanties individuelles, une Charte qui doit être
reconnue, expliquée et enseignée au même titre que
la Loi civile. Pour Guizot, sous peine de sombrer dans la médiocrité,
cet enseignement qui ne peut être improvisé, doit être
celui d'un homme de grande influence. Strictement politique, le but est
de conforter la légitimité du régime de juillet
et d'une Charte remaniée en 1830 qui a refondé la monarchie
sur la souveraineté de la Raison. A la différence de la
Déclaration de 1789 à portée philosophique, la Charte
de 1830 qui a une valeur prescriptive doit être enseignée
avec la précision du Code civil. Si bien que de ce cour unique,
confié à Pellegrino Rossi (ami de Guizot, proche de la gauche
italienne, nationaliste, malheureusement assassiné en 1848 et dont
le cours en quatre volumes ne sera publié que sous la Troisième
République) devront procéder tous les autres. Rossi aura
enseigné dix ans non sans subir de fortes contestations, de la
part des étudiants, mais aussi de ses collègues de la Faculté
de droit qui feront un recours devant le Conseil d'état aux motifs
qu'il n'est pas français et qu'il n'est pas docteur en droit d'une
faculté française. Le Conseil d'État (dont, sous
le régime de la " justice retenue ", le roi était
le président théorique), se déclara incompétent,
pour juger ce qu'il appelle un acte de " pure administration "
Supprimé par le décret du 8 décembre 1852,
sous l'influence de Fortoul, un cours de droit constitutionnel sera
rétabli sous la IIIème République, illustrant
le lien existant entre régime libéral et enseignement d'un
Droit constitutionnel qui se sera lentement dégagé du Droit
administratif enseigné dans toutes les facultés de droit
françaises depuis la Restauration. Si bien qu'il faut attendre
1896 pour qu'Adhémar Esmein publie, sous le titre " Eléments
de droit constitutionnel français et comparé "
un premier manuel, souvent réédité, qui deviendra
pour très longtemps la référence du droit constitutionnel
républicain.
Tels sont les faits auxquels il faut ajouter quelques précisions
quant à leur réception
2)Réception des idées, thèmes et concepts
Sous l'influence de la linguistique, l'analyse moderne s'est éloignée
des romantiques qui pensaient que la lecture d'un texte conduisait à
sa reproduction. On sait maintenant que la réception est un processus
complexe qui implique transmission, lecture, interprétation qui
elle-même, variera avec les circonstances. C'est avec cette méthode
qu'au colloque Sieyès de l'année dernière, j'ai pu
analyser Sieyès, non pas en lui-même, mais dans sa réception,
de la IIIème à la Vème République, en comparant
systématiquement les écrits de l'auteur à ceux des
différents interprètes. Au point que la prise en compte
de la pluralité de ces interprétations finit par en dire
plus sur la société qui reçoit que sur l'auteur interprété.
Et ce qui était vrai de Sieyès, le sera aussi de Guizot
si bien que le sujet à traiter se transforme pour devenir: comment
se fait-il qu'à cette époque les juristes interprètent
Guizot de cette façon ? pourquoi font-ils prévaloir cette
interprétation et non une autre ?
3)Guizot dans les manuels du droit public
L'époque choisie a été celle de la IIIème
République( 1890-1940), époque dite " classique "
allant d'Esmein dont le manuel est réédité
jusqu'en 1927 à Julien Laferrière qui publie en 1943
un manuel réédité en 1947. Ont été
étudiés les manuels ou traités, les ouvrages d'histoire
constitutionnelle (Maurice Deslandres, J.J.Chevallier) et les articles
récemment réunis de René Capitant mais ont été
laissés de côté les monographies de juristes (Joseph-Barthémémy
ou Paul Bastid) pour ne garder que le traité du premier rédigé
avec Paul Duez. J'ai voulu isoler ce qu'on appeler la " doctrine
des constitutionnalistes français " en y ajoutant Carl Schmitt
qui entretient des rapports suivis avec les Français (R.Capitant
ou J.Barthélémy). La doctrine publiciste de l'entre deux
guerres se distingue nettement de la suivante : ainsi, Georges Vedel dont
le manuel de Georges Vedel, publié en 1949, ouvre une époque
où théories du Droit ou de l'Etat sont abandonnées
au profit de considérations plus réalistes et descriptives,
avec le résultat que Guizot, jadis si présent, disparaîtra
quasi totalement. Au mieux existe-t-il comme incarnation de la monarchie
de juillet, bourgeoise, notabiliaire et conservatrice au point de conduire
le régime à sa perte (ex : Jean Gicquel, héritier
d'Hauriou (Montchréstien 1980) ; manuel de Louis Favoreu (Dalloz),
même si dans ce manuel collectif, J.L. Mestre évoque le créateur
de la chaire de droit constitutionnel). Pourquoi ce désintérêt
? en raison de la défaveur dont pâtit l'histoire des doctrines
concurrencée par le " droit positif ", qui a encouragé
le contentieux constitutionnel et le droit comparé (L. Favoreu,
B. Mathieu et M. Verpeaux, E.Zoller), aux dépens de l'évolution
historique. Ceci est lié aux modifications des programmes (où
la première année de licence ne fait plus ni droit romain
ni histoire constitutionnelle) autant qu'aux contraintes éditoriales
exigeant des volumes courts où les séries en plusieurs volumes
de la IIIème République sont devenues inimaginables.
De ce panorama sort une image contrastée où Guizot
est partagé entre l'avis favorable accordé au théoricien
de la monarchie représentative et le critique de l'homme
d'état (1840-48) responsable de la chute du régime.
1) le théoricien de la monarchie représentative
se retrouve chez Joseph Barthélémy qui, dès
1903, publie " l'introduction du régime parlementaire en
France " puis, avec Paul Duez un Traité de droit constitutionnel
qui réédité jusqu'en 1933, restera la référence
de la génération de l'entre-deux guerres( Michel Debré
ou François Goguel). Si on fait abstraction de sa fin désastreuse,
en tant que garde des sceaux à Vichy de 1941 à 43, (récemment
étudiée dans la thèse de Frédéric Saulnier,
LGDJ), Joseph-Barthélemy peut être vu comme un bon connaisseur
d'un XIXème siècle libéral où il situe Guizot
dans le groupe de Benjamin Constant, Royer-Collard et du Général
Foy qui ont fait l'éducation de la bourgeoisie libérale
de 1830. Il y représente le libéralisme français
" par l'Etat " comme le montrera Lucien Jaume, différent
de la tradition libérale anglaise issue de Locke, défenseur
des droits individuels. Guizot fait alors le lien entre les " lumières
" françaises et les rédacteurs de 1875 (via Victor
et Albert de Broglie, Prévost-Paradol et Laboulaye) pour illustrer,
face à l'Allemagne, l'ancienneté et la vigueur de la
tradition des libertés françaises. En 1928, La théorie
de la constitution de Carl Schmitt dira la même chose,
mais de façon plus critique puisqu'il oppose libéralisme
bourgeois et démocratie.
En 1896, Adhémar Esmein (et ceci sera repris dans la Contribution
à la Théorie générale de l'Etat publié
par Carré de Malberg en 1920-22) avait plutôt rattaché
Guizot à l'école anglaise. On le voit par exemple
au regard du problème de la révision de la Charte de
1814. A la différence de Tocqueville (légitimiste, partisan
de l'inviolabilité de la Charte) Thiers et Guizot seront favorables
à une révision à l'anglaise, opérée
par le " pouvoir constituant " formé du Roi et des deux
Chambres : c'est le gouvernement représentatif, celui des représentants.
A partir de là, deux images de Guizot s'opposent encore
: d'une part le théoricien de la souveraineté de la Raison
et de l'autre celui de la royauté forte
a)Souveraineté de la Raison (qui a été étudiée
par la doctrine de la IIIème République, alors qu'elle n'intéresse
plus guère les publicistes d'aujourd'hui). Souveraineté
sans titulaire, elle aurait été inventée par Guizot
afin qu'elle ne soit accaparée ni par le monarque (absolutisme)
ni par le peuple dont la force est source de tyrannie. Lieu vide,
c'est une fiction qui, laissant le champ libre à la délibération
des compétences sociales et de la Justice, n'accepte aucune autorité
de dernier mot sur terre. Plusieurs publicistes de la IIIème République
ont vu dans la pensée juridique de Léon Duguit, un épigone
de Guizot. C'est le cas d'Adhémar Esmein qui stigmatise, dans les
Éléments de droit constitutionnel la pensée
de Léon Duguit, marquée par la sociologie de Durkheim, qui
récusait toute fiction légale : la personnalité de
l'État, la nation, l'État, la souveraineté. Esmein
y voit l'apologie du règne de la force, même s'il reconnaît
que Duguit (qui ne voit que des gouvernants et des gouvernés) ajoute
que les gouvernants ne deviennent légitimes qu'à la condition
de se conformer à la règle de droit et de respecter les
situations juridiques subjectives. En affirmant le principe de la solidarité
humaine et la conception de la règle de droit se suffisant à
elle-même, Duguit renoue en réalité, selon Esmein,
avec la souveraineté de la raison, défendue par Guizot ou
par Royer-Collard. Carré de Malberg puis Julien Laferrière
rapprocheront à leur tour la pensée de Duguit, rejetant
la souveraineté et affirmant la soumission des gouvernants à
la règle de droit, de celle de la souveraineté de la raison
de Guizot. Sans vraiment connaître ce dernier, souvent confondu
avec Benjamin Constant, mais au nom de l'interdépendance sociale,
Duguit, dans son traité de droit constitutionnel, récuse
cette filiation, en se déclarant opposé à la supériorité
des droits individuels. Or, depuis Pierre Rosanvallon, nous savons que
la théorie de la raison de Guizot est complexe, issue
non seulement du sens commun, mais aussi d'une Société de
capacités cultivant ses doutes, une société qui a
ses lois qu'il s'agit seulement de découvrir et mettre à
jour. Duguit se voulait sociologue, Guizot l'était aussi !
La souveraineté de la raison sera également critiquée
par Maurice Hauriou qui, lui, reprochera de sous-estimer l'importance
de ce qu'il appelle l'institution consentie, et Carré de
Malberg : ces derniers sont en réalité gênés
par une souveraineté de la raison dont ils ne voient pas les aboutissements
juridiques. Meilleur connaisseur du vrai Guizot, Joseph-Barthélemy
reprend à son compte la concept de souveraineté de la raison
pour critiquer la " souveraineté nationale ", dogme indémontré
et indémontrable dira-t-i, qui cache la réalité de
la souveraineté parlementaire qui n'est légitime qu'autant
qu'elle se conforme aux règles et " données immédiates
de la conscience ". Et Clemenceau en 1908 de reprendre le thème,
opposant la souveraineté de la raison à celle du nombre
dans une apostrophe teintée de positivisme juridique sur lequel
il y aurait beaucoup à dire
.
b) Guizot théoricien d'une royauté forte de la monarchie
constitutionnelle
Un grand nombre de républicains français auront fait appel
à Guizot pour étayer leurs querelles sur la nature du régime
parlementaire issu d'une monarchie présentée tantôt
comme constitutionnelle, tantôt comme parlementaire. Dans ce rôle,
Guizot (le trône n'est pas un fauteuil vide) est vu comme le contradicteur
de Thiers (un roi règne et ne gouverne pas). Le débat eut
lieu les 27 et 28 mai 1846 avec un Guizot qui, principal représentant
du Roi, défend la thèse de son entière irresponsabilité.
Et Esmein d'expliquer que ceci n'est vrai qu'à condition que le
ministère soit responsable et couvert par sa majorité (tactique
d'Albert de Broglie contre Thiers en 1873). La théorie de Guizot
était plus complexe dans la mesure où un roi actif, suppose
une théorie dualiste du pouvoir que sera systématisée
par René Capitant en 1933 (Régimes parlementaires
dans les mélanges Carré de Malberg).
Pour Capitant, il y a trois types de parlementarismes :
- l'orléaniste pur où le chef d'État a de
grandes prérogatives (révocation du ministère, dissolution
: le véritable inventeur est Duvergier de Hauranne qui défend
en 1838 la thèse qui sera reprise par les Guizot, Broglie et Laboulaye)
- le parlementarisme occidental, type britannique ainsi que la
IIIème République après 1877, où le chef de
l'État n'a qu'une influence morale.
- le modèle prussien où il n'y a plus qu'un cabinet
et un parlement (certaines constitutions allemandes d'après 1918,
sans guère d'avenir.)
Dans ce schéma, Guizot devient le témoin du parlementarisme
dualiste, où le ministère est responsable devant le
roi comme devant le Parlement : tel est l'interprétation commune,
celle de Maurice Deslandres, Marcel Prélot, ou M.Duverger dans
son Que sais-je de 1944 expliquant l'évolution allant de
la monarchie limitée au parlementarisme moderne.
En fait tout cela pèche par anachronisme : en lisant le
Guizot des débats (et non celui des Mémoires) on le voit
plus sensible à la balance des pouvoirs, avec la vision d'un ministère,
courroie de transmission et indicateur d'harmonie entre le roi et les
deux chambres. Et on lit aussi que c'est toujours le roi qui décide
de garder ou de révoquer le ministère. Ce roi, toujours
maître de sa décision, est aussi celui de Duvergier de
Hauranne qui ajoute que si la chambre s'obstine à refuse le
programme du roi, ce dernier peut soit dissoudre soit faire une nouvelle
fournée de pairs
Les publicistes de la IIIème République n'ont pas vu
que non seulement que le monarque était au centre du système
mais aussi que le système était verrouillé
à son profit par l'étroitesse du cens, la présence
des députés fonctionnaires et la corruption
.Cette
méconnaissance va de pair avec le flottement du vocabulaire ; sous
la monarchie de juillet, on ne parle jamais, pour désigner le régime
de Louis-Philippe, de gouvernement parlementaire (comme en Angleterre)
mais de gouvernement représentatif (et on sait que c'est sous le
second empire que ce terme sera abandonné par au profit de l'"
Histoire du gouvernement parlementaire " de Duvergier de Hauranne
puisque, comme en l'an VIII, le régime se disait " représentatif
" !)
Toutes ces précision factuelles renvoient au Pourquoi ?
les auteurs de la IIIème République ont-ils eu besoin de
cette théorie " dualiste " sans lien avec la réalité
historique. La réponse renvoie à la crise du parlementarisme,
au climat de désenchantement d'une République qui, votée
comme le " régime qui divise le moins ", est à
la recherche d'un idéal construit avec d'autant plus de nostalgie
qu'elle vit sous le joug du " parlementarisme absolu ".
2) La critique de l'homme d'État responsable de la chute du
régime
Plutôt favorable au Guizot théoricien, la doctrine constitutionnaliste
est en revanche très critique sur " Guizot, homme d'État
de la monarchie de juillet ", figure assez mutilée par rapport
à la réalité: on ne parlera ni de l'opposant libéral
à la Restauration, à peine du rédacteur de la Charte
de 1830 (mentionnée par le seul Deslandres); JJ Chevallier est
seul à citer l'uvre du ministre de l'Instruction publique
de Casimir Perier, qui fit voter la loi sur l'enseignement primaire qui
dota le pays d'un corps d'instituteurs ; Esmein le peint comme favorable
à la liberté de l'enseignement secondaire (qui ne sera pas
votée) ou à la laïcité de l'Etat.
a)Guizot, à la tête du ministère
La plupart des auteurs s'attardent en revanche sur le Guizot des années
1840-1848. Ils voient bien en lui, même s'il n'a pas la présidence
nominale, le président du conseil en titre. C'est ce que souligne
implicitement Maurice Deslandres dans son Histoire constitutionnelle,
explicitement Jean-Jacques Chevallier. Les deux auteurs signalent également
la concordance de pensée entre Louis-Philippe et Guizot. Celui-ci
n'a pas été le serviteur de celui-là : son caractère
ne l'aurait pas supporté. Mais ils se sont retrouvés dans
une politique commune. Deslandres récuse l'interprétation
de certains historiens (Malet, Charléty) qui considèrent
que 1840 consacre la politique personnelle de Louis-Philippe. Cela n'a
pas été le cas. Les deux hommes se retrouvent en politique
étrangère : Guizot est pacifique comme Louis-Philippe, avec
une nuance de rigueur, de fierté en plus. Il privilégie
l'entente avec l'Angleterre, au prix néanmoins de certains sacrifices.
Ils se retrouvent en politique intérieure, notamment en s'opposant
à la réforme électorale et parlementaire.
Mais c'est ici que les critiques pleuvent. Jean-Jacques Chevallier qualifie
Guizot " d'immobiliste ", Maurice Duverger parle de " conservatisme
étroit. " Les auteurs stigmatisent ce refus de la réforme
électorale, proposée entre autres (car il y eut de nombreuses
propositions) par Prosper Duvergier de Hauranne, qui aurait permis de
doubler le corps électoral (500 000 électeurs) et conduisait
à supprimer certains bourgs pourris. Ils le présentent comme
l'auteur maladroit et cynique de la formule " enrichissez-vous. "
On parle de " formule malheureuse ", de la " prophétie
imprudente sur l'avenir fermé du suffrage universel. " (Prélot-Boulouis,
mais aussi auparavant Julien Laferrière.) La formule " enrichissez-vous
" est comprise de manière moins péjorative chez Georges
Burdeau (Droit constitutionnel et Institutions politiques, Paris, 1965)
qui est l'un des seuls auteurs à replacer cette formule dans la
théorie du suffrage de Guizot, pour lequel celui-ci n'est pas inhérent
à la qualité d'homme, mais dépend de la capacité
des individus. L'électorat est une fonction sociale (désignation
des gouvernants), pour Guizot, comme pour Royer-Collard, ce qui explique
qu'il ne soit pas ouvert à tous (suffrage censitaire.) Maurice
Hauriou, dans son Précis de droit constitutionnel, avait déjà
mis en évidence le lien entre le refus de la réforme électorale
et la conception de l'électorat-fonction sous la Monarchie de Juillet,
tout en étant très critique en ce qu'elle ignorait le pays
réel. Son fils André Hauriou soulignera, à son tour,
dans son manuel de droit constitutionnel, paru dans les années
60, l'hostilité de Guizot à la réforme électorale.
D'autres publicistes mettent en évidence le refus par Guizot de
toute réforme parlementaire. Ils en font même le meneur de
la corruption parlementaire pratiquée sous la Monarchie de Juillet,
alors qu'ils soulignent son intégrité privée : distribution
de faveurs et de fonctions à des députés non rémunérés,
système des députés fonctionnaires (v. le traité
de droit constitutionnel de Joseph-Barthélemy et Paul Duez) Le
système des députés fonctionnaires, dépendants
du ministère, est également dénoncé par Marcel
Prélot.
b) le conservatisme de Guizot, cause de la chute du régime
?
Une lecture rapide pourrait faire croire que le conservatisme de Guizot,
certains (Rosanvallon) parleraient même de pensée réactionnaire,
fut la cause essentielle de la chute du régime. En réalité,
les auteurs les plus perspicaces mettent en particulier l'accent sur l'étroite
collaboration entre Louis-Philippe et Guizot qui va les conduire à
la chute du régime. Jean-Jacques Chevallier, reprenant une image
de Prévost-Paradol dans la France nouvelle, écrit
: " La distinction entre le cabinet, élément mobile,
et le chef de l'Etat, élément fixe, constitue l'un des fondements
d'un tel régime. Or, de 1840 à 1848, il s'est produit entre
l'élément fixe et l'élément mobile une sorte
de " soudure ", qui empêchait l'élément
mobile " de glisser à temps sur l'autre. " Ainsi, l'impopularité
de Guizot (
) rejaillissait de plus en plus sur le roi lui-même.
" (Histoire des institutions, p. 210.) Avant lui, Maurice
Deslandres avait insisté sur la connivence entre les deux hommes.
Mais à le lire attentivement, il dédouane Guizot d'une bonne
partie de la responsabilité. D'abord, il souligne que Guizot avait
eu des velléités de démissionner (en 1845, puis à
la fin de 1847). Ensuite, parce qu'il était bien conscient que
les réformes demandées depuis 1839 (et les propositions
n'avaient fait que s'accentuer) devraient bien être faites à
un moment ou à un autre. Et il présente Guizot, coincé
entre une majorité qui le presse de faire des réformes,
et un monarque qui ne veut rien céder et qui tient à le
garder.
La chute de la Monarchie de Juillet apparaît en réalité
comme la conjonction de facteurs, dont Guizot n'est qu'un élément
(peut-être pas le plus important ; il faudrait en effet souligner
également les divisions auprès du monarque début
1848, l'impression de vacance du pouvoir, etc.) Il est remarquable néanmoins
que cette lecture historienne, effectuée par Maurice Deslandres,
n'a guère eu d'effets sur les écrits de ses collègues
qui font généralement de Guizot le principal responsable
de la chute de la Monarchie dite parlementaire, dont il est l'incarnation
par excellence et qu'il entraîne dans sa chute. La chute de Guizot
peut se comparer à celle d'Emile Ollivier, autre ministre confondu
avec la chute de son régime
Odile Rudelle remercie d'un exposé si nuancé qui
montre à quel point les nouveaux juristes, formés
à l'école de l'interprétation, sont sensibles
à la dimension du Temps. De ce point de vue elle fera trois
remarques : le première pour dire que la théorie de Guizot
sur l'harmonie des trois pouvoirs est exactement celle de Jules Ferry,
éphémère président du Sénat de 1893
; la seconde est qu'à connaître le moment et les circonstances
de la construction de cet " artefact " que fut le " régime
parlementaire de la IIIème République ", l'analyse
des débats des premières années d'une Vème
République dont Didier Maus s'applique actuellement à rassembler
les archives, devrait être transformée ; la troisième
sur les lieux ou institutions destinés à garantir la stabilité
( la fixité, la perpétuité ou la continuité
de l'Etat) et ceux qui, en régime de liberté, doivent au
contraire laisser place à la mobilité de l'opinion (assemblée
du peuple). Si la distinction de Guizot aidera A. de Broglie à
passer de la monarchie (perpétuelle) au septennat (fixe et stable)
de 1873, il n'est pas sûr que la réforme du quinquennat ait
été précédée d'une analyse analogue.
Gilles le Béguec dit son accord avec l'ensemble d'un exposé
dont il partage les analyses " révisionnistes " quant
au vrai Guizot et à la validité des informations données
par Maurice Deslandes qu'il a eu l'occasion de relire récemment.
Sur la réticence de Guizot, comme du Roi, quant à l'abaissement
du cens ou à l'élargissement des capacités donnant
droit de vote, il pense qu'il faut faire sa part aux craintes de politique
extérieure étant donné le poids d'une opinion "
nationale " toujours humiliée du sort que les traités
de 1815 avaient fait à la France (il n'y a qu'à relire les
discours de Tocqueville). Et, comme il a été dit, il pense
qu'il y a plusieurs Guizot car celui de 1839, opposé à Molé,
est très ferme sur les droits de la majorité ; à
cette date, comme l'écrit Rémusat avec qui il n'a pas encore
rompu, il semble très prêt d'un parlementarisme à
l'anglaise.
Nicolas Roussellier salue l'exercice d'un juriste soumis à
toutes les nuances de l'histoire ; mais ceci pose la question de l'écriture
même de l'histoire : à laquelle faut-il s'adonner ? à
celle qui élabore des " cas " ou des " modèles
" quitte à s'éloigner de la réalité ?
Où faut-il se placer pour parler de Guizot aujourd'hui : faut-il
être sociologue avec Duguit ? libéral avec Esmein ? démocrate
avec Hauriou ? Et pendant qu'on débat en ces termes " d'origines
" ou de " réalités historiques " ne risque-t-on
pas de passer à côté des demandes nouvelles qui, dans
l'entre-deux guerres par exemple, se diront plutôt en termes de
rationalisation et de modernisation ?
Alain Laquièze pense que toutes les comparaisons élaborées
sous la IIIème République en termes " d'origines ",
de " dualisme ", de régime " parlementaire "
ou " représentatif " (comme le réintroduira Capitant)
butent sur la question de la liberté des élections c'est-à-dire
du cens et de la corruption (même si la corruption existait en Angleterre,
dans des proportions plus grandes encore, participant même à
l'acclimatation du modèle !). Faute d'informations historiques
ou sociologiques, les publicistes de la IIIème République
ne pouvaient avoir une vue claire de l'ensemble. Aujourd'hui on peut savoir
que, compte tenu de la culture française, ce " verrouillage
" entièrement mis au servie du roi, condamnait l'entreprise.
Aujourd'hui rien ne doit empêcher de voir que cette monarchie constitutionnelle
fonctionnait en vase clos parce qu'elle avait peur du peuple ; ce qui
n'avait pas été le cas de Napoléon
..mais il
s'agit d'un autre sujet
.
Prochaine réunion
: mercredi Ier juin 200
Le temps long du civisme
constitutionnel : Tocqueville héritier de MALESHERBES
par Odile Rudelle
Cevipof : 98 rue de l'Université 75007
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