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| Colloque international
organisé par le Centre d'histoire de Sciences Po
avec le soutien de la French-American Foundation.
Lieu:
56, rue Jacob 75006 Paris
rez-de-chaussée
Salle de conférences
Comité
scientifique:
Guillaume Piketty et Bruno Cabanes
Inscription
:
contact.centre-histoire@sciences-po.fr
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Programme complet
Programme
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Programme
Le retour à l’intime au sortir
de la guerre
De la Première Guerre mondiale
à nos jours
Colloque international
Sciences Po Paris, 19 et 20 juin 2008
Organisateurs : Guillaume Piketty (Centre d’histoire de
Sciences Po) et Bruno Cabanes (Yale University)
Le retour à l’intime des acteurs des conflits — anciens
combattants et anciens résistants, prisonniers de guerre, anciens
déportés, populations déplacées… —
reste un point aveugle de l’historiographie. Pourtant, depuis plusieurs
décennies, les historiens sont exercés à étudier
les formes diverses de « l’écriture de soi »,
à faire l’histoire des sensibilités, à dessiner
les contours de l’espace privé et de l’espace public.
Mais ces apports méthodologiques ne se sont pas traduits par une
meilleure connaissance de la dimension intime du retour de guerre. À
vocation exploratoire, ce colloque, dont les actes seront publiés,
vise à recenser les sources disponibles pour écrire une
histoire du retour à l’intime en sortie de guerre et à
mettre en évidence les problématiques communes aux conflits
du vingtième siècle, dans une perspective d’histoire
comparée.
Jeudi 19 juin (9h – 9h30) – Accueil
et Introduction.
Jeudi 19 juin (9h30 – 12h30) -
Expériences de guerre, écritures de soi
et récits familiaux.
Présidence : Philippe Joutard (Université
de Provence / EHESS)
Durant la période de sortie de guerre, des formes
concurrentes de narration du conflit sont ébauchées par
ceux qui l‘ont vécu. Les anciens combattants se plaignent
souvent de l’incompréhension que leur témoignent les
populations de l’arrière, arguant, dans le même temps,
de l’incommunicabilité de leur expérience de guerre.
Ceux qui ont eu d’autres expériences durant le conflit –
celle de l’occupation, de la captivité, de la déportation,
de la clandestinité, de la pénurie…— bénéficient
quant à eux d’une reconnaissance publique généralement
moindre que celle des vétérans. Quels sont les modalités
et le rôle de « l’écriture de soi » dans
la mise en ordre des diverses expériences de guerre (combat, captivité,
bombardement, exil…) ? Comment les enfants portent-ils la mémoire
des conflits ? La « démobilisation culturelle » des
sociétés d’après-guerre évolue-t-elle
au même rythme que les deuils privés ? Comment l’expérience
de guerre est-elle transmise de génération en génération
à travers des récits familiaux ?
Manon Pignot (Université Paris X- Nanterre) : «1914-1920
: L’invention des pères »
En induisant un recours massif et généralisé
à l’écriture de soi, la Grande Guerre apparaît
comme un moment charnière dans l’histoire des relations familiales.
Au sein d’une pratique assurément neuve, jouant pleinement
son rôle de « sang des familles », pour reprendre l’expression
de Michelle Perrot, c’est peut-être la relation entre les
pères et leurs enfants qui se trouvent le plus fondamentalement
renouvelée. Souvent pour la première fois, des hommes et
leurs enfants s’écrivent. Certains soldats s’adressent
même à leurs nourrissons, autrement dit, à des enfants
parfois trop jeunes pour savoir lire, a fortiori pour comprendre. La révélation
des pères est donc avant tout celle d’un geste : on écrit
d’abord pour soi. Ces correspondances familiales nous font ainsi
accéder à une nouvelle définition de la paternité
; elles mettent aussi en lumière la place du père dans les
représentations enfantines pendant et après la guerre. Loin
d’être monochrome, la figure paternelle peut considérablement
varier, depuis l’héroïsation jusqu’à la
destitution. La guerre génère ainsi un nouvel ordre familial
qui, par définition, est temporaire : la sortie de guerre entraîne
en effet le retour à un ordre souvent oublié, voire inconnu
des enfants les plus jeunes, qui se traduit avant tout par le retour des
pères dont les modalités sont plurielles et contrastées.
Odile Roynette (Université de Besançon) : «
La nostalgie du front »
L’exploration des formes du retour à l’intime
chez les combattants de la Grande Guerre peut-elle faire l’économie
d’une réflexion sur un sentiment tellement paradoxal qu’il
pourrait paraître peu décent de l’évoquer :
la nostalgie du front ? Les soldats qui ont soudainement été
coupés de la communauté combattante, qu’ils fussent
prisonniers de guerre, blessés ou démobilisés au
terme du conflit ont du, et ce avec des différences profondes dues
à chacune de ces situations si spécifiques, réapprendre
à vivre dans un monde autre. Certains d’entre eux, le plus
souvent discrètement, ont exprimé un sentiment « d’inadaptation
» qui s’est alors traduit, notamment, par une reconstruction
mythifiée de la « fraternité des tranchées
», porteuse d’une profonde nostalgie. Est-il possible d’aller
plus loin et d’explorer ce sentiment si ambigu, si difficile à
atteindre car entouré par le silence d’hommes enclins à
taire un sentiment si peu dicible ? Comment parvenir à mieux cerner
l’impact réel de cette émotion dans le tissu des relations
sociales de l’immédiat après-guerre et dans les relations
entre les hommes et les femmes ?
10h30 – 11h00 – Pause
Ethan Rundell (University of California, Berkeley) : «Témoigner,
se taire : La difficulté de parole des anciens combattants français
de la Première Guerre mondiale »
Dans les années qui se sont écoulées
depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le silence du combattant
est devenue partie intégrale du mythe de l’expérience
guerrière 14-18. Or, comme la floraison d’une littérature
de témoignage dans l’après-guerre nous montre, ce
silence était loin d’être absolu. Si beaucoup d’anciens
combattants se doutaient du caractère partageable de leur expérience,
certains ont quand même essayé de la transmettre par le moyen
de l’écriture. Leur conscience de la difficulté de
cette tâche – une conscience qui pouvait engendrer un sentiment
de futilité – nous offre des indices importants sur la réintégration
sociale et psychique de l’ancien combattant dans la société
d’après-guerre.
Raphaëlle Branche (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne)
: « Clémentines et bifteck ou le retour d’un appelé
d’Algérie dans sa famille »
Loin de connaître une démobilisation massive,
les soldats appelés en Algérie entre 1954 et 1962 semblent
avoir repris discrètement leur place dans la société
française. Qu’en fut-il dans l’intimité des
familles, après une absence pouvant dépasser deux années
? Réalisée de manière expérimentale a partir
d’une enquête orale menée dans une large fratrie, cette
communication explore les nouvelles habitudes, les infimes déplacements
qui, pendant l’absence d’un soldat puis a son retour, peuvent
révéler l’expérience que fut pour chaque membre
de la famille (essentiellement parents, frères et sœurs) les
« années algériennes » de ce fils/frère
parti.
12h00 – 12h30 – Discussion générale

Jeudi 19 juin (14h00 – 17h30) - Espaces
publics, espaces privés, espaces intimes en sortie de guerre.
Présidence : Alice Kaplan (Duke University)
La première question porte sur la redéfinition
de la notion d’intimité en sortie de guerre. Pour beaucoup
d’acteurs des conflits, notamment les combattants, le retour à
l’intime passe par un réapprentissage d’une forme d’économie
corporelle, une reconquête de l’image de soi, une redécouverte
de l’hygiène ou de la pudeur. Pour d’autres, notamment
pour les populations déplacées et pour les civils des villes
bombardées ou des régions ravagées par la guerre,
l’enjeu est de reconstruire un espace domestique et restaurer, de
cette manière, les conditions d’une vie en temps de paix,
non sans une forme de nostalgie. Le rapport entre un avant-guerre imaginaire
et un après-guerre à inventer ; l’importance des photographies,
des objets dans la reconstruction de l’intime ; l’évolution
des pratiques de consommation en sortie de guerre : voilà quelques-unes
des pistes, parmi d’autres, qui pourront être explorées.
On fera aussi une place aux expériences d’invasion et d’occupation
en sortie de guerre et à leur impact sur les espaces privés
des populations envahies.
Carine Trévisan (Université Paris VII) : «
Etranger à son corps : comment habiter un corps mutilé par
l’histoire ? »
Je me propose d’examiner divers textes rendant
compte de l’étrangeté de soi à soi, après
l’expérience de violences historiques extrêmes, étrangeté
qui ne tient pas seulement au nouvel être que l’on est devenu,
mais à la modification du corps propre, souvent gravement mutilé,
que l’on ne reconnaît parfois plus (dans la destruction du
visage notamment) et avec lequel on entretient un rapport complexe : souci
de réparation et mise à distance.
Le corpus portera sur les rescapés de 14, principalement sur les
gueules cassées, mais aussi sur les survivants de la Shoah et du
génocide rwandais. J’évoquerai également les
torturés d’Afrique du Sud. Avec le souci de ne pas confondre
tous ces textes et toutes ces périodes historiques. Il est très
différent d’être mutilé à la suite d’un
bombardement anonyme en 14 et à celle d’un projet d’extermination
très ciblé au Rwanda.
Anne Duménil (Munich) : « L’expérience
des ruines : Munich, 1945-1948 »
Entre le 10 mars 1940 et le 29 avril 1945, Munich subit
73 bombardements aériens : plus de 3 millions de projectiles s’abattent
sur la ville dont Hitler avait fait un des lieux emblématique de
son pouvoir, « die Hauptstadt der Bewegung », la « capitale
du mouvement » national-socialiste. Si, sur l’échelle
des destructions subies par les métropoles allemandes, Munich se
place en situation intermédiaire, le centre-ville est durement
touché. Sur les 60 000 bâtiments de la vieille ville, seuls
1300 sont intacts. En mai 1945, 300 000 sinistrés ont perdu leur
logement alors que la ville reçoit près de 60 000 réfugiés.
Plusieurs des monuments emblématiques de l’ancienne capitale
des Wittelsbach sont anéantis. 5 millions de mètres cubes
de décombres seront dégagés par les habitants entre
1945 et 1948 !
Cette communication tentera d’explorer les dimensions intimes de
cette expérience des ruines dans une ville vaincue et occupée.
Si la perte de la maison est clairement identifiée comme une des
« étiologies traumatisantes de la guerre » (Louis Crocq),
qu’en est-il de la perte des repères spatiaux et identitaires
inscrits dans la structure de la ville et ses paysages ? Quelles sont,
pour l’individu, les significations attachées à la
destruction d’un espace jadis familier et banal, bouleversé
par l’intrusion brutale de la violence mais au sein duquel s’agence
aussi un certain retour à la normale ? En ces temps de sortie de
guerre, avant les travaux de déblaiement et de reconstruction,
qu’en est-il de l’expérience sensorielle des ruines
? Si domine la composante visuelle de la confrontation au spectacle de
la destruction – photographies et dessins s’inscrivent ici
dans une esthétique reliant espace physique et rapport symbolique
au temps –, qu’en est-il des autres dimensions ? Toucher les
ruines, notamment lors des travaux de déblaiement, jouer dans les
gravats – souvenir si souvent évoqué des enfances
de la sortie de guerre –, circuler péniblement dans un espace
qui, avant-guerre, était par excellence le lieu de déploiement
et d’accélération des mobilités : autant de
modalités d’une expérience corporelle des ruines que
l’on voudrait tenter d’explorer. En quoi, enfin, les ruines
médiatisent-t-elles la construction de la mémoire de la
destruction et de la perte, entre oubli et remémoration ? Evacuer
les décombres permet-il d’oublier?
Daniel Cohen (Rice University, Houston) : « Un espace domestique
d’après-guerre : le camp de « personnes déplacées»
dans l’Allemagne occupée”
Pour des millions d’Européens au printemps
1945, la sortie de guerre est synonyme d’entrée massive dans
un univers particulier : celui des camps de personnes déplacées
bâtis à la hâte en Allemagne occidentale par les armées
d’occupation et successivement administrés par deux organisations
internationales: UNRRA (1943-1947) et IRO (1947-1952). Image honnie de
la seconde guerre mondiale, le « camp » se transforme alors
en espace domestique rigoureusement aménagé par l’humanitaire
d’après-guerre. C’est d’ailleurs dans cet environnement
scientifiquement parcellisé que de nombreux réfugiés
redécouvrent l’intime : l’extraordinaire « baby-boom
» au sein des camps de rescapés juifs en est une indication.
Espace institutionnalisé, le « DP camp » est également
revendiqué comme lieu de normalisation par les individus qui y
sont regroupés, le plus souvent selon leur appartenance ethnique
ou nationale. Pour le « dernier million » de réfugiés
juifs, polonais, ukrainiens et baltes (souvent anciens internés
en camp de concentration ou de travail qui refusent le rapatriement vers
leurs pays d’origine), les « assembly centers » permettent
un retour, précaire certes, à des conditions de vie proches
de la normalité. Domiciles individuels, les camps font également
œuvre de foyers nationaux qui favorisent l’éclosion
d’un fort sentiment d’appartenance à la nation en exil.
Réincarnation de « l’univers concentrationnaire »
aux yeux de nombreux observateurs (français) de la vie des réfugiés
en Allemagne, le « DP camp » humanise pourtant la condition
de personne déplacée. Etat d’exception humanitaire,
il est l’un des symboles les plus forts de la transition, ardue
et complexe, entre guerre et paix dans l’après-guerre européen.
15h30 – 16h00 - Pause.
Beate Fieseler (Heinrich-Heine-Universität, Düsseldorf)
: « From „lost generation“ to beneficiaries of social
policy? The war disabled in the Soviet Union, 1945–1964”
With regard to human costs the “Great patriotic
War” confronted the Soviet regime with a dreadful lasting legacy:
several million soldiers returned home from the battlefields severely
wounded, chronically ill or handicapped. They seldom brought home medals,
money or booty, but awkward wooden limbs as their only spoils of war.
However, the post-war period was not the time for healing the wounds of
war. Instead, popular/personal needs of coming to terms with the experience
of war were sacrificed for the Soviet future as superpower. Accordingly,
official propaganda and state policy did not focus on the past, but encouraged
people to carry on regardless. The majority of state investments were
used for the needs of heavy industry, not for social policy. Thus, even
the war disabled with severe physical injuries had to face to task of
reconstruction and to join the workforce immediately, often without receiving
any retraining programs, medical rehabilitation or suitable prostheses.
Instead, re-inclusion into the workforce was considered as the best overall
remedy with regard to the reconstruction of masculinity/disabled bodies.
A remarkable change in policy came about with the reforms of Stalin’s
successors who relied on other than terroristic means to mobilize society.
Khrushchev in particular sought to legitimize Soviet power by taking more
seriously popular consumption needs and demands for social security. The
war disabled also benefited from the new economic course as well as from
the ideological relaxation during the “Thaw”, which allowed
for the organization of the “Soviet Committee of War Veterans”
in the fall of 1956.
Relying on archival material from central Russian archives the paper will
address the question of social policy of the Soviet stated towards the
disabled victims of war and ask for elements of continuity and change
with regard to ideas, representations, social practices and popular expectations.
Guillaume Piketty (Centre d’histoire de Sciences Po) : «
De la clandestinité au grand jour : l’identité résistante
en question. »
Dans le livre La mémoire courte qu’il publia
en 1953, Jean Cassou affirma : « Pour chaque résistant, la
Résistance a été une façon de vivre, un style
de vie, la vie inventée. Aussi demeure-t-elle dans son souvenir
comme une période d’une nature unique, hétérogène
à toute autre réalité, sans communication et incommunicable,
presque un songe ». A la Libération, quelles qu’aient
pu être la durée et les modalités de leur parcours
en résistance, les combattants de l’ombre durent se déprendre
de cette « façon de vivre » pour en retrouver –
ou en inventer – une autre. Pour certains d’entre eux, la
reprise d’une « vie au grand jour » s’avéra
même une « épreuve redoutable » (Pierre Emmanuel).
Cette communication voudrait examiner le rapport entre clandestinité
et identité(s) au sortir de l’expérience résistante.
En d'autres termes, comment se reconstruit-on une identité après
en avoir forgé une autre, voire plusieurs autres, au sein de l’armée
des ombres ? Sans préjuger d’éventuels infléchissements
qui découleraient du travail d’élaboration, quelques
thèmes seront plus particulièrement privilégiés.
Poursuite éventuelle de pratiques nées de la clandestinité
telles que le goût de la dissimulation et du secret, du cloisonnement
et peut-être du déguisement ? Modification du rapport intime
à l’espace et au temps – par exemple, quelle transformation
de la géographie intime a entraîné l'habitude retrouvée
de circuler au grand jour ? Devenir de la tension et de la peur nées
de l’acte de résister – et donc aussi éventuelles
évolutions pathologiques comme la mythomanie ou la paranoïa.
Survivance possible, le cas échéant officielle, du ou des
nom(s) de résistance. Persistance de l’identité résistante
à travers la fraternité des anciens combattants de l’ombre,
par le truchement de codes et de rituels, de hiérarchies discrètement
maintenues, et par-delà les différences et les clivages
revenus avec la paix ou surgis avec elle – songeons à la
mise à jour après guerre de réseaux dont chaque membre
n'avait, pendant l'Occupation, qu'une vision limitée. En corollaire,
présence de la mort et des morts parmi les vivants, « les
morts encore un peu vivants, les vivants déjà un peu morts
» (Emmanuel d’Astier de la Vigerie), et travail de deuil.
La plupart de ces thèmes ont été peu évoqués
par les acteurs au sortir de la guerre. Par pudeur, parce qu’il
n’était pas d’usage d’en parler ou tout simplement
parce que les questions ne furent pas posées. Ce sont donc des
bribes qu’il faudra chercher. Dans les documents, éventuellement
intimes, rédigés par certains résistants à
la Libération et dans les mois qui suivirent. Aux marges des témoignages
recueillis auprès d’eux, notamment dans le cadre des travaux
de la Commission d’histoire de l’occupation et de la libération
de la France (CHOLF) et du Comité d’histoire de la Deuxième
Guerre mondiale (CH2GM). Dans les publications clandestines apparues au
grand jour à la Libération et qui survécurent tant
bien que mal. Dans les souvenirs que quelques-uns des combattants de l’ombre
couchèrent sur le papier plus ou moins longtemps après la
guerre.
17h00 – 17h30 – Discussion générale

Vendredi 20 juin (9h – 12h) –
L’avenir de la violence.
Présidence : Stéphane Audoin-Rouzeau (EHESS,
Paris)
Le vétéran marginalisé et violent
est devenu une figure majeure de l’imaginaire collectif, en particulier
depuis la guerre du Vietnam. À se polariser sur lui, on risque
d’oublier tous ceux dont le retour à la vie ordinaire se
fait apparemment sans encombre. L’histoire du bonheur simple, mais
aussi de l’ennui et de la banalité, que beaucoup de vétérans
retrouvent en rentrant chez eux, est plus difficile à écrire
que l’histoire de la souffrance. Toutefois, le retour de guerre
s’accompagne incontestablement d’un retour aux normes propres
à la vie civile, et parfois d’un certain nombre de transgressions.
Comment l’historien peut-il évaluer l’impact de l’expérience
de guerre sur la violence dans les sociétés d’après-guerre
? La notion de « brutalisation » forgée par l’historien
George Mosse pour qualifier l’évolution politique des pays
belligérants, notamment de l’Allemagne, au lendemain de la
Grande Guerre est-elle transposable dans le domaine des comportements
individuels, et pour d’autres conflits ? Dans certains contextes,
pourquoi le suicide est-il choisi comme forme individuelle de «
sortie de guerre » par des anciens combattants ?
Guillaume Cuchet (Université Lille III) : « La guerre
et la naissance des prêtres-ouvriers. Le cas d'Henri Perrin (1914-1954).
»
Les prêtres-ouvriers, dont l’historiographie
a été renouvelée ces dernières années,
représentent l’initiative apostolique la plus originale du
courant « missionnaire » français des lendemains de
la seconde guerre mondiale. Ils sont nés pendant la guerre à
partir des expériences allemandes de la captivité et du
Service du travail obligatoire (STO).
Henri Perrin est l’un de ces aumôniers clandestins du STO
envoyés en Allemagne par l’épiscopat français
en 1943. De son expérience, il a tiré un livre : Journal
d’un prêtre-ouvrier en Allemagne, publié au Seuil en
1945, qui fut l’un des best-sellers religieux de l’après-guerre.
Son cas montre comment la guerre a transformé existentiellement
le rapport au monde ouvrier des éléments les plus avancés
de l’Eglise de France. Les jeunes de sa génération
ont vécu à ce moment-là des expériences humaines
et spirituelles d’une telle intensité qu’ils ont eu
ensuite le plus grand mal à rentrer dans les cadres de la vie ecclésiastique
ordinaire. Cette impossible démobilisation spirituelle et le désir
de retrouver le « climat eschatologique » de la guerre (selon
ses propres mots) permettent de comprendre l’itinéraire étonnant
d’un homme comme Henri Perrin : jeune routier maréchaliste
en 1942 devenu patron de la CGT des barrages des Alpes en 1954, au moment
de la condamnation de l’expérience par Rome.
Christian Goeschel (Birkbeck College, University of London) :
«Suicide at the End of the Third Reich»
In the spring of 1945 the Third Reich went to its end
in a massive wave of suicides. This paper traces the origins of the massive
and unprecedented suicide wave at the end of the Third Reich in a general
feeling among Germans that everything was coming to an end. My paper looks
at both the macro- and micro-levels of suicide, i.e. statistics and suicide
notes, from both men and women. The suicide wave had its origins in Nazi
propaganda, the Nazi cult of death, and the Soviet occupation of eastern
Germany and its aftermath. The suicide wave sheds light on the extent
to which German society as a whole had developed an ideological commitment
to the Nazis. For the masses of Germans, life had been restructured to
promote an eventually suicidal war, and when this failed, the prohibition
on suicide was lifted, and killing oneself became socially acceptable
in a culture of suicide in defeat. To many people who committed suicide,
politics, war and everyday life were not perceived as separate things,
but came together in a tremendously difficult time where the boundaries
between the private and the public seemed blurred. Many Germans felt a
complete breakdown of norms and values, an anomie. The suicide epidemic
illustrates very clearly the violent breakdown of German society in 1945
that included the collapse of moral, psychological and religious norms
and values. Finally, my paper suggests a new methodology for the study
of the end of war, a new social and cultural history that is firmly grounded
within theory and social structures, but that also brings the individual
back into history at the same time.
10h00 – 10h30 – Pause
Frank Biess (University of California, San Diego / University
of Gottingen) : « Postwar Angst. The Fear of Retribution in Postwar
Germany »
My contribution will focus on a specific form of German
angst in postwar Germany. It manifested itself in a proliferating discourse
on fear and anxiety as well as in a more specific fear of Allied retribution
in the immediate postwar era. This fear was always informed by an extensive,
if rarely acknowledged, sense of shame and guilt for German genocidal
warfare. Given their roles as victimizers during the Nazi period and the
Second World War, ordinary Germans exhibited a keen sense of the possibility
of being victimized themselves. The contribution will seek to identify
this fear in hyperbolic, even hysterical reactions to Allied policies
of retribution, and it will demonstrate how it entered and shaped more
quotidian social realities in daily life. Germans formed an “emotional
community” (Barbara Rosenwein) based on fear and anxiety, and the
talk will seek to elucidate the significance of this fact for the larger
process of coping with total war and total defeat in both public and private
lives.
Bruno Cabanes (Yale University) : « Le syndrome du survivant
: histoire et usages d’une notion »
En 1964, le psychiatre William G. Niederland (1905-1993)
invente le « syndrome du survivant ». Pour celui qui fut,
à partir de 1953, expert psychiatre en charge de nombreuses demandes
d’indemnisation de rescapés juifs de l’extermination,
le diagnostic des maux dont souffrent les survivants s’inscrit dans
une réflexion plus large sur les droits des victimes au sortir
de la guerre. Au cours des années 1960 et 1970, les recherches
de Niederland fondées sur plusieurs centaines de cas concrets s’enrichissent
au contact de ses confrères Robert J. Lifton, Ulrich Venzlaff et
Henry Krystal. Plus récemment, la notion de « syndrome du
survivant » a été reprise par les historiens qui travaillent
sur le retour des combattants ou sur l’impact des guerres du XXème
siècle sur les populations civiles. En partant des archives Niederland
disponibles au Leo Baeck Institute de New York, cette communication voudrait
retracer l’histoire du « syndrome du survivant » et
définir les conditions de son utilisation pour l’étude
du retour à l’intime au sortir des conflits du vingtième
siècle.
11h30 – 12h00 – Discussion générale

Vendredi 20 juin (13h30 –17h30) – Reconstructions
des rapports de genre et des identités sexuées.
Présidence : Claire Andrieu (Centre d’histoire
de Sciences Po)
La sortie de guerre s’accompagne enfin d’une
réorganisation des rapports entre hommes et femmes, du fait notamment
des mutations des sociétés pendant le conflit, de l’absence
prolongée des combattants et des modes de vie radicalement différents
qui ont été les leurs. Ce bouleversement des rapports de
genre a été abondamment étudié dans le contexte
général des sociétés d’après-guerre
et de l’espace public. En ce qui concerne l’espace intime,
il reste à explorer. Quel est l’impact des conflits dans
la vie des couples et comment peut-on l’évaluer ? Quels discours
les sociétés d’après-guerre tiennent-elles
sur les rôles des hommes et des femmes, sur la sexualité,
sur le rôle des pères, sur la place des enfants au sein de
la famille ? Quels rapports les armées de libération ou
d’occupation entretiennent-elles avec les femmes des pays étrangers
? On fera une place aux expériences dévirilisantes, comme
celle des soldats mutilés ou des soldats vaincus, et à l’inverse,
aux processus de « remasculinisation » à l’œuvre
lors de certaines sorties de guerre.
Clémentine Vidal-Naquet (EHESS, Paris) : « Imaginer
le retour. L’anticipation des retrouvailles chez les couples pendant
la Grande Guerre »
Au sortir de la Grande Guerre, le retour des hommes dans
leur foyer met un terme à la correspondance des couples. L’historien
voit ainsi se tarir les sources dites de l’écriture de soi,
majeures pour celui qui souhaite analyser la transformation des modes
d’être ensemble pendant le conflit. S’il peut axer ses
recherches sur les situations qui conduisent les couples devant les juges
ou sur les discours construits autour du couple après la guerre,
il lui est difficile de rendre compte du retour à la banalité
et à l’ordinaire des relations.
L’historien est donc cantonné en dehors de la très
grande majorité des demeures. Néanmoins, sans s’attaquer
de front à l’intimité des couples au moment du sortir
de la guerre, il peut, à partir des correspondances échangées
pendant le conflit, rendre compte de la construction d’un imaginaire
du retour. En effet, pour les couples séparés, le retour,
espéré et attendu, constitue un « horizon d’attente
». Les couples projettent un futur commun et imaginent le retour
définitif du soldat.
Dès lors, comment ont-ils imaginé le rétablissement
d’une vie à deux sans guerre ? Comment ont-ils anticipé
le retour du soldat au sein du foyer ? Comment ont-ils, parfois, reconsidéré
leur relation amoureuse et conjugale ? Quelle idée de l’après-guerre
ont-ils construit pendant le conflit ?
A partir des correspondances échangées par les couples pendant
la Grande Guerre, nous rendrons compte de la construction d’un imaginaire
du retour à l’intime prévu pour l’après-guerre.
Dominique Fouchard (Université Paris X - Nanterre) : «L’empreinte
de la Première Guerre mondiale dans les relations de couple : ce
que disent les corps»
La Première Guerre mondiale pèse au quotidien
et profondément sur les rapports entre hommes et femmes au sein
du couple. Le retour des hommes dans leur foyer est marqué par
cette expérience plurielle de guerre dans ce qu’il y a de
plus intime.
Chercher à repérer l’impact du conflit dans la vie
des couples d’après-guerre nécessite de mettre à
jour les tensions qui traversent le sujet et oblige à une réflexion
sur le regard à porter sur les sources afin d’approcher ce
qui apparaît de l’ordre de l’intime, du privé,
mais qui est en même temps profondément construit par des
représentations collectives. L’évidence de la singularité
des relations hommes/femmes dans la vie de couple peut laisser penser
que chaque couple est porteur d’un vécu unique n’autorisant
pas une approche plus collective. Pourtant, et même si l’on
ne peut soutenir que la guerre aurait agi uniformément sur les
hommes et les femmes, la lecture des sources incite à prendre en
compte le contexte mental particulier issu du conflit dessinant une toile
de fond commune aux rapports intimes. Un certain nombre d’écrans
semble s’interposer pour entraver le travail du chercheur. À
la discrétion des acteurs et à leur pudeur, s’ajoutent
le contexte particulier généré par le type de guerre
qui vient d’être vécu et le poids moral pesant sur
ceux qui ont survécu, rendant l’expression de la souffrance,
de l’inquiétude, de la difficulté à vivre à
deux ou à l’inverse du bonheur partagé, très
complexe.
Approcher un tel sujet, c’est donc obligatoirement varier les angles
car les sources sont à la fois discrètes, aléatoires
et pléthoriques, qu’elles ne prennent sens que par leur diversité
et leur croisement, et c’est aussi procéder par contournement.
En effet, réfléchir à la façon, aux façons
dont la guerre a marqué de son empreinte les rapports de couple,
oblige à ne pas aborder la question dans son ensemble mais par
le biais d’éléments constituant ces rapports et en
partant à la recherche des lieux, des moments, des espaces où
les hommes et les femmes ont parlé, écrit, ont laissé
voir ces traces.
Aussi, cette communication s’intéressera aux maux des corps
(dont la sexualité est un des champs d’expression), aux réponses
et analyses de ceux qui sont confrontés à leur manifestation
afin de repérer les traces de la guerre dans les rapports hommes/femmes
au sein des couples.
Dans cette optique, le monde médical, qui a pour mission d’entendre
et de soulager la souffrance, d’y apporter une réponse, offre
des sources (thèses, ouvrages, revues) qui font parler les corps,
dans leur relation à l’autre, et s’impose comme un
gisement potentiel d’expression et d’analyse des relations
conjugales, tant la question du corps y est bien entendu majeure, tant
les pathologies pour lesquelles on consulte traduisent les traces laissées
par le conflit et inscrivent les expériences de guerre dans la
durée. De plus, parce que les médecins font partie de la
société, qu’ils sont influencés par ce que
celle-ci attend d’eux, par le rôle qu’ils y tiennent,
par l’autorité morale qu’ils incarnent, ils véhiculent
un discours qui permet de mieux saisir la norme sociale qui encadre les
rapports de couple, autorisant ainsi une lecture élargie de l’intime,
comme le confirme l’étude de sources émanant du monde
juridique (thèses, revues, débats parlementaires). Les éléments
surgis de l’analyse seront donc confrontés à des sources
institutionnelles et à différents types d’écritures
de soi (journaux intimes, mémoires, correspondances) approchés
comme des témoignages permettant une entrée directe dans
l’intime, autorisant une « reconnaissance » du passé
et la mesure de l’impact du conflit sur les relations hommes/femmes,
malgré leur diversité.
Peggy Bette (Université Lyon II) : « Quand le poilu
ne revient pas : Tutelles et remariages dans les familles endeuillées
au sortir de la Première Guerre mondiale (1918-1924) »
Le retour à la paix n'entraîne pas le retour
de tous les combattants. Pour les foyers que le conflit a irrémédiablement
privé de leur chef de famille, le défi des lendemains de
guerre n'est pas de réapprendre à vivre ensemble, mais plutôt
de continuer à « vivre sans »: sans époux, sans
père, sans fils, sans gendre, sans frère... La sphère
intime est bouleversée par le deuil et par la redéfinition
des rôles et rapports intra-familiaux engendrés par la guerre.
Cette communication s'intéressera à ce deuxième phénomène
en se fondant notamment sur les procès-verbaux des conseils de
famille établis par le juge de paix du canton de Chinon en Indre-et-Loire
entre 1918 et 1924. Ces procès-verbaux attestent des décisions
prises par les conseils de famille au sujet de la tutelle des orphelins
et révèlent les rapports d'autorité et de pouvoir
qui existent entre les membres de la famille élargie (mère,
enfants, mais aussi grands-parents, oncles, tantes, cousins). La période
des hostilités n'étant pas propice à la réunion
des papiers ni des personnes nécessaires au bon déroulement
d'un conseil de famille, la très grande majorité des foyers
endeuillés par la guerre n'ont accompli cet acte juridique qu'une
fois la paix revenue. La veuve, en tant que mère et tutrice légale
des enfants, est souvent obligée de convoquer le conseil de famille,
et ce, à deux occasions principalement: à la suite du décès
du père pour que soit désigné un subrogé-tuteur
et éventuellement un conseiller de tutelle (proposé par
l'Office départemental des Pupilles de la Nation), et en cas de
remariage pour conserver son statut de tutrice, faute de quoi elle perd
automatiquement la tutelle de ses enfants. Ainsi, les procès-verbaux
permettent de savoir dans quelle mesure le pouvoir de la veuve sur ses
enfants, de même que son remariage éventuel, sont contestés
par les autres membres de la famille. Ils permettent également
d'évaluer l'intrusion et l'influence des institutions et discours
publics dans les affaires privées (recours ou non à un conseiller
de tutelle, acceptation ou non du remariage).
Comme n'importe quelle autre source, les actes juridiques que sont les
procès-verbaux des conseils de famille proposent une vision partielle
de la réalité. D'une part, ces procès-verbaux ne
reportent que les décisions du conseil de famille et non les délibérations
qui ont permis d'y aboutir. D'autre part, ils ne donnent à voir
que la transcription légale des rapports de pouvoir et d'autorité
internes à la sphère familiale et non ceux qui y prévalent
de fait. Pour atténuer et compenser le plus possible ces effets
de source, les conclusions tirées de l'analyse des procès-verbaux
seront confrontées aux témoignages d'orphelins de guerre
recueillis par le biais d'entretiens oraux ou conservés sous forme
d'écrits publiés. Ces témoignages, qui donnent la
parole à ceux qui ne l'avaient pas dans le conseil de famille et
qui livrent un point de vue plus sensible sur l'intimité des familles
après la guerre, permettront de proposer une vision plus nuancée
et moins impersonnelle des bouleversements qu'a provoqués la mort
du combattant dans la sphère privée.
15h00 – 15h30 – Pause
Mary Louise Roberts (University of Wisconsin) : « Le mythe
du GI viril : genre et photojournalisme en France pendant la Seconde Guerre
Mondiale »
L’image d’un GI américain extatique
entouré de femmes françaises en pleine adoration est devenue
une icône de la libération de l’Europe en 1944. Ce
type d’image est si fortement inscrit dans la mémoire américaine
qu’il fonctionne comme une évocation des guerres «
justes » du passé. Cependant, l’image du GI contribue
à la mise en œuvre d’une tromperie dérangeante.
La photo de GI non seulement nie certaines vérités concernant
la libération, mais neutralise également des tensions politiques
complexes. Si les Normands accueillent les GIs avec joie le jour J, les
problèmes ne tardent guère à apparaître. Les
bombardements intensifs et les combats sur le terrain laissent des milliers
de civils affamés et sans abri, tandis que l’aide est lente
à venir. Les libérateurs boivent trop, font trop de bruit,
conduisent leurs jeeps trop vite, prennent part à des bagarres
de rue et à des vols, et poursuivent les femmes locales de leurs
assiduités. Précisément au moment où leur
rôle politique d’intendants de l’Europe les appelle
à la « grandeur », sont proposées aux GI, et
par la suite au public américain, des images photographiques qui
les encouragent à se penser comme les maîtres du monde. Alors
qu’ils en viennent à être perçus en termes genrés
traditionnels comme des chevaliers aux brillantes armures, leur domination
acquiert un caractère naturel et est assimilée à
une « bonne » chose. Les normes de genre, telles qu’elles
s’articulent dans les relations hétérosexuelles, contribuent
par là à formuler les ambitions impériales américaines
durant cette période cruciale d’un point de vue géopolitique.
Sarah Fishman (University of Houston) : « Gender, Family
Life and the Return of the French Prisoners of War in 1945 : A Reconsideration
»
In my 1992 book We Will Wait, which delved into the experiences
of the wives of French Prisoners of War 1940-1944, my final chapter considered
what happened after the POW husbands returned. Based on a series of interviews
with former POW wives, some of them accompanied by their husbands, correspondence
with and questionnaires from former prisoners’ wives, as well as
contemporary sources from the years during and just after the war, I concluded
that the experience did not profoundly alter gender norms for these families.
While many couples struggled to readjust, each spouse one having been
altered in significant ways by the experience, I estimated that divorce
remained relatively uncommon and that most couples successfully re-adjusted
within a few years. I also argued that the strength of both spouses’
desire to move on and erase the war experiences, social expectations that
wives would take the lead in helping their husbands readust, and the wives
desire to cede the heavy burden of responsibilities taken on in their
husbands’ absence led most wives to return to ‘traditional’
roles after the war.
I propose to revisit this question, reviewing the sources
I used during the war in light of my more recent research to reconsider
and nuance my conclusions. A sociological research team compiled a series
of life histories of Paris area retirees, many of whom had been POW wives,
in the 1970s and 1980. This data places the five years of wartime captivity
into the broader perspective of lives that spanned a tumultuous twentieth-century.
Second, my deeper reading in a variety of materials published in the late
1940s and early 1950s has steered me toward a new, arguably feminist interpretation
of domesticity for women in the postwar era.
Atina Grossmann (Cooper Union, New York) : « Individual
Reconstruction as Collective Project: Body, Family, Nation, and the Pursuit
of “Normality” Among Jewish Survivors in Postwar Occupied
Germany »
The paper considers the contradictions of a “retour
à l’intime” among a highly ideologized population of
some quarter million Jewish survivors of the Nazi Final Solution living
as displaced stateless refugees in the American zone of defeated Germany.
Building on the arguments in my recent book Jews, Germans, and Allies:
Close Encounters in Occupied Germany, I aim to analyze further the obvious
but still under-analyzed point made abundantly clear by all contemporary
evidence: that after the catastrophe of the Shoah lives and identities,
both individual and collective, were reconstructed -- and that reconstruction
represented -- in gendered and embodied ways. Just as the persecution
and murder of all Jews had been differentiated by age and gender, so too
were the terms of their “life after.” For both women and men
identity was remade through the rehabilitation -- and reimagining -- of
gendered roles and sexed healthy bodies. I want to explore the (gender
and age inflected) negotiation of competing but also inextricably interconnected
desires and demands for a kind of “normality” after trauma:
through 1) the rebuilding of individual gendered bodies and selves --
for example via motherhood for women or sports for men, 2) the creation
of new if truncated families, and 3) the claim to proto-citizenship in
an as yet non-existent Jewish nation-state in Palestine. Or, to put it
another way, I’m interested in how the simultaneously intimate and
public spaces of the body, the family, and Zionism all produced a discourse
of “normalization” as well as “futurity” under
the “abnormal” conditions of postwar refugee life.
17h00 – 17h30 – Discussion générale
Vendredi 20 juin (17h30 –18h00) – Conclusions : Bruno
Cabanes (Yale University) et Guillaume Piketty (Centre d’histoire
de Sciences Po).

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